Thomas Jefferson Papers

To Thomas Jefferson from Decout, 24 August 1804

De Beaufort n.c le 24 août 1804

Monsieur

la renommée qui a si bien sû faire connoître ches toutes les nations civilisée, vos vertus civiles et morales; m’autorise aujourd’huy a mettre sous vos yeux le récit particulier de mes malheurs, persuadé que le fil qui les a conduit ne peut étre indiferent a un homme d’etat, qui comme vous, développe tant de Sagesse et de Sagacité, dans l’art difficile de gouverner. ce seroit pour moi, sans doutte, une grande consolation, si mes malheurs particuliers, dont il y a peu d’exémples dans les faites des miséres humaines, pouvoient encore dévenir utile a mes semblabes.

il n’y a pas encore deux mois, qu’entourré de ma famille, je jouïssois du bonheur et de la fortune; j’etois útile aux malheureux, et je goûtois souvent le doux plaisir de faire du bien: il en est autrement aujourd’huy; echapé comme par miracle au massacre général des blancs a St. domingue, je m’embarque sur le brix l’oxfort de baltimore avec les débris de ma fortune; ce bâtiment est venu se briser sur une des isle turques nommée long—isle; avec luy ce sont en sevelis mes moyens et mes ésperences. j’eté ensuite, sur une côte isolée (beaufort c.n.) sans amis, sans connoissences, séparé de ma femme et mes enfans, et sans moyens pour sortir d’un lieu qui n’offre nulle ressource, accablé par mes chagrins et le poids de mes années; votre nom s’est présenté a mon imagination égarée, et avec luy un certain éspoir de pouvoir un jour me reünir a ma famille et étre encore útile aux hommes par ma grande pratique dans la médecine, et je puis dire, mes succés, sur tout dans les fiévres jaunes.

premier médecin de l’armée française dans le departement du Sud de St. domingue, je me suis vû sur les bras 300 soldats atteints de ces fiévres; j’en perdit 20 et les 280 autres furent sauvés, en suivant une nouvelle méthode indiquée par le docteur Brown (écossois) ce médecin vien de rendre un grand service a l’humanité en simplifiant l’art de guérir; il a pôsé des bâses, et développé des principes que l’experience confirme chaque jour, Et que de vains sistêmes scolastiques ne détruirons jamais: Si ces malheureuses fiévres jaunes, affligent encore quelques endroits des états únis, et que vous daignés mettre mon éxpérience en úsage; il me seroit bien agréable d’etre utile a un païs si interessant et surtout a un peuple, qui par la sagesse de son gouvernement doit nécessairement devenir l’exemple des autres états.

ne pouvant détailler dans une lettre les súites de mes malheurs, j’ai crû devoir mettre sous vos yeux, une légére ésquise sur les derniers événemens qui viénnent d’accabler les trop malheureux habitans de St. domingue; ce n’est qu’un apperçu succinct qui ne peut que vous donner le fil de tant de malheurs sans en développer les effets ni les circonstances: ce travail seroit long, mais si vous le désiriés, je vous en fais l’offre.

il me reste, monsieur, a vous prier de ne pas faire insérer ce petit écrit dans les papier publics; il contient des vérités qui ne plairoient pas a tout le monde, et dans l’etat ou je suis je n’ai pas besoin de me faire d’ennemis.

je vous prie de m’excuser sur le mauvais papier dont je fais úsage pour vous écrire. Je sens combien il est peu digne de vous, mais il ma été impossible de m’en procurer d’autre icy.

permettés que je finisse cette longue lettre par vous assurer du respect et de la profonde vénération, avec laqu’elle j’ai l’honneur de me dire,Monsieur Votre tres humble Et obeïssant serviteur

Decout

D.M.

DLC: Papers of Thomas Jefferson.

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