Thomas Jefferson Papers

To Thomas Jefferson from Adrienne-Catherine de Noailles, comtesse de Tessé, 17 August 1804

a Aulnay 17 aoust 1804

J’aprends, Monsieur, que mr. Livingston est au moment de partir pour L’amerique, sans avoir eté prevenue de son dessein de nous quitter. mr. de La Fayette est en auvergne; ma famille eparpilleé, je vis tres solitaire, et quoique tres pres de Paris Les nouvelles m’arrivent tard, et m’echapent asses souvent. je serois bien affligée de manquer une occasion si favorable de vous exprimer mes sentimens et J’ecris a la hâte avec la crainte de ne pas parvenir a temps.

je vous ai adressé les plus vifs Remerciemens de la bonte toute particuliere avec Laquelle vous avés daigné m’adresser un present precieux, mais on ma fait craindre que mes lettres ne vous fussent pas parvenues faute davoir eté assés multipliees pour les circonstances de la Guerre. je ne crains pas le soupçon d’ingratitude. Vous savés trop helas! que nous ne manquons Gueres de Reconnoissance pour les bienfaits qui nous honnorent. l’amour propre de Me. de Tessé Repond donc a Monsieur Jefferson de toutes les apparences d’un bon coeur mais cela ne me suffit pas.

Jai besoin, Monsieur, de vous persuader que mon coeur est penetré de Gratitude par vos constantes Bontés et de vous Rendre compte du produit de votre caisse.

Les plans de Magnolia sont arrivés hors detat dêtre Ranimés.

ceux de sassafras et de cornus florida quoique malades ont Repris pour la plus part assés de vigueur pour esperer de les conserver.

Les Glands ont Levés si Rapidement que jai dejá de quoi fournir un vaste jardin en beaux chênes.

Les noix ont eu le méme succès avec cette difference que j’en attends un nombre au moins egal L’anneé prochaine. La Germination de cette semence n’aiau Lieu le plus souvent que la seconde année.

il en est de méme des Rosiers ou Eglantiers.

Les Graines de Tulipiers etoient raides pour la plus part. Le jardinier ne les avoit pas Recoltées avec soin. J avois Lieu de craindre quelles ne produisent Rien mais elles ont donné a peu prés La centieme partie de ce quelles auroient produit si elles eussent ete bonnes, et cest encore asses pour me donner beaucoup de satisfaction.

Nos Tulipiers portent maintenant en france asses de Graine pour quon ne manqua pas de plans si elle Rendoit La millieme partie de celle d’amerique, mais il s’en faut bien. je prefererai toujours trois poignées de Graine de Tulipier prise sur un arbre d amerique, a un boisseau Recolté sur un Tulipier de france.

Je souhaiterois Monsieur connoitre un de vos americains qui eut vu un terrain que jai defriché il y a deux ans. il pourroit vous Reporter La confiance de planter dans 10 ans a Monticello.

Jai choisi un terrain humide et Leger. je L’ai pris peu etendu parceque ma fortune ne me permettoit pas d en cultiver bien un grand.

Jai plante des arbres vers a 15 et 20 pieds de distance dans mes massifs pour la posterité et je les ai entourés pour moi des especes les plus agréables et dont la crue est La plus Rapide. Jai soin de tenir toujours La terre tres meuble. des plantes vivaces tres vigoureuses entremeleés avec mes arbustes quelles ombragent, entourent tres agreablement mes massifs chargés de fleurs. et mon jardin qui a dit on l’air dêtre preparé pour une fete me donnera encor dans deux ans le plaisir de me promener a L’ombre des arbres que jaurai planté.

J’eprouve un peu moins de peine qu on n’en a commencement a choisir entre les inconveniens. mes amis ont Reculé dabord a l’aspect du lieu que Mr. de Tessé m’a permis de choisir. ils ne savoient pas ce quil falloit sacrifier a mes plus Grands obstacles Lâge et la fortune. Ils louent aujourd’huy comme le produit du Talent, ce qui napartient qua l’experience.

vous croies bien, Monsieur, que jai Ressenti bien vivement et bien profondement tout ce que vous avés fait pour Mr. de La fayette, que j’aurois toujours applaudi s’il fut né americain, que je nai pas cessé un moment destimer comme compatriote, et daimer comme un fils.

ma sante se traine passablement pour mon âge. L’experience demontre que vos semblables sont Rarement doués de la force musculaire et de cet equilibre qui ne se perd jamais sans douleurs. Vous ajouteriés a vos autres bontés si vous voulies bien me Rassurer sur une santé si chere a vos enfans, a vos amis et a vos compatriotes, qu on dit asses eclairés pour vous conserver dans votre place eminente.

Mr. de Tessé vous prie, Monsieur, d agreer son Respectueux attachement et tout celui de votre tres humble servante.

Noailles de Tessé

MoSHi: Bixby Collection.

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