Thomas Jefferson Papers

To Thomas Jefferson from Antoine Porcile, 22 July 1804

Calliari ce 22. juillet 1804.

Excellence

La grace que je viens de recevoir de votre Gouvernement, ainsi que de Vous Excellence qui en avez-èté le cooperateur pour l’affranchissement de Madamoiselle ma fille Marie Anne Porcile, des chaînes de l’esclavage oû elle gemissoit a Tunis depuis six ans, m’offre les plus justes motifs de vous en temoigner les sentimens de mon entiere gratitude, et de ma plus vive reconnoissance, dont toute ma famille aussi a èté intimement penetrée.

La générosité que des coeurs si bienfaisans ont bien voulu employer pour une fille malheureuse a plainement consolé une famille desolée, qui depuis plusieur années vivoit accablée de tristesse. Elle a ramené das le sein d’un Epoux gemissant et du plus tendre pere son epouse fidelle avec cette fille cherie, que des barbares lui avoient ravis, et dont il n’y avoit aucun espoir de liberté sans les bienfaits de cette nation illustre du nouveau monde, qui fait l’ammiration de toute l’Europe: bienfaits dis-je, que je rappellerai toute ma vie, et que je ne me laisserai jamais de repetter avec attendrissement est encore celui qui essuya les larmes d’un’autre fille compagne infortunée des premiers malheurs de ses péres, et de sa soeur, et qu’elle ne cessoit de verser depuis son depart de Tunis par une trop dure separation. C’est enfin ce bienfait qui sauva l’honneur d’une demoiselle qui etoit toujours en risque de perdre parmi des gens feroces qui ne connoissant d’autres sentimens que la violence, et la brutalité.

Or que ma fille, apres avoir brisées les chaines de l’esclavage jouit d’une parfaite liberté au sein de sa patrie, et de sa famille, ne nous reste plus qu’a remercier infinement les Etats-Unis d’Amerique, ainsi que Vous, Excellence, des faveurs aussi grandes qu’innesperées sans les avoir méritées; et de nous prosterner en même tems devant l’Etre Supreme en lui adressant des voeux les plus ardens, afin qu’il daigne verser abondamment toutes sortes de benedictions, et de prosperites sur Vous, Excellence, et sur cette grande et genereuse Nation qui le merite par ses vertus.

Cette genérosité même me fait oser vous demander encore une grace, qui metteroit le comble au bonheur de cette fille, que vous et votre Gouvernement a voulu par bonte proteger. Et c’est qu’ayant elle pardus das son esclavage des equipages, et des bijoux pour la somme à peu pres de deux mille piastres d’Espagne, vouliez-vous vous interesser pour lui faire rendre cette equivalent du Bey de Tunis, qui en profita du moins en partie. L’état malheureux de fortune oû m’a plongé, le pillage de ma maison et de presque tous mes biens, me font chercher ce petit dèdommagement.

Du reste toujours reconnoissant, j’ose vous offrir tres-heumblemt, ainsi qu’aux Etats-Unis mes foibles services, souhaitant de tout mon coeur trouver des ocasions pour vous temoigner ma gratitude et mon obéissance; Vous supliant de vouloir bien m’accepter au service de la Republique de la meilleure façon que Vous jugerez à propos, et je vous prie, Excellence, de compter sur ma persone pour tout ce qui regarde mon exatitude a vous obeir, en vous assurant, ainsi qu’à toute la Nation, que vous trouverez en moi le serviteur le plus zelé et le plus fidelle, et un des amirateur de cette puissante, et sage Republique: je ne m’epargnerai en rien, et je ferai tous mes efforts pour rendre a tout sujet soumis à votre Gouvernement qui parviendrá en ce port, un petit retour des attentions, que vous avez bien voulu user pour la liberté de ma fille.

Et en attendant vos ordres j’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, Excellence Votre tres humble et tres-Obbt. Servt.

Chevr. Antoine Porcile

ViW.

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