Adams Papers

To John Adams from François D’Ivernois, 29 July 1795

Kensington ce 29 Juillet 1795

Monsieur

Ce n’est que tres dernierement que j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 26 May; & quoique votre long silence m’eut préparé à son contenu, vous m’auriez cependant tiré de bien des anxiétés si vous aviez pu me l’adresser plutot. Je me suis empressé de la communiquer en Suisse, où j’espere quelle arrivera à tems pour arréter le départ de nos agens qui me paraissent moins préparés que moi à un contretems pareil, & qui ne doutaient point que l’Amérique n’accœuillit mes propositions, surtout depuis que la Compagnie que j’avais proposée, & à la formation de la quelle ils travaillaient, avait fait disparaitre la difficulté d’obtenir chez vous des avances pécuniaires pour y fonder notre Université.

Je déplore bien amerement Monsieur, que les circonstances n’ayant point pu permettre à l’Amérique de séconder une si noble entreprise dans le succès de la quelle j’avais mis toutes mes affections, & dont je ne puis m’empécher de croire qu’elle aurait recœuilli des fruits prompts & durables.

Puisque cette derniere planche que nous avions espérée dans le naufrage de notre liberté nous échappe; il n’est que trop évident que le sort de mes malheureux compatriotes les lie indissolublement à Geneve toute souillée qu’elle a été. Je vous envoye un nouvel ouvrage que je viens de publier sur ce triste sujet, & qui, comme vous le verrez aisement Monsieur, est destiné à élever un premier cri de résurection pour elle.

J’en joins un autre que j’ai publié ici il y a quelques semaines, & où vous verrez mon opinion sur l’Amérique & sur les hommes qui la gouvernent. Puissent-ils pour son bonheur, etre longtems placés à la tête de son administration, & la faire échapper à la tourmente des passions qui déchirent l’Europe?

Je suis avec respect / Monsieur / Votre tres humble / & tres obéissant serviteur

F d’Ivernois

MHi: Adams Papers.

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